Un jour j'ai vu dans un documentaire un homme d'un certain âge, occidental, qui arpentait les rues d'Hiroshima le nez au vent. Un touriste peut-être. Cet homme était Paul Tibbets. L'homme qui pilotait Enola Gay, l'avion qui a largué une bombe atomique sur cette même ville le 6 août 1945. En m'intéressant à l'histoire de cet homme, je découvre au fil des reportages, articles, documents un homme qui expliquait son action avec un détachement certain, son geste. Jamais il n'a regretté, jamais il n'a demandé pardon. Pas de rédemption. Paul Tibbets est un soldat. Programmé pour obéir aux ordres, accomplir une mission précise, sans sourciller, sans revenir en arrière. À ce moment précis, est-il toujours un homme ? Sans aucun doute.
D'où vient alors ce détachement face à l'horreur commise. Comment vivre après. Retourner chez soi, embrasser ses enfants, leur inculquer des valeurs. Bon nombre de récits font état de soldats traumatisés, brisés mentalement et physiquement après une guerre. Nous pourrons citer Claude Eatherly, pilote éclaireur de la mission visant Hiroshima, repentant et devenu fou, tentant de se suicider à plusieurs reprises. J'ai choisi de m'intéresser à ceux qui, jusqu'à la fin, ne sourcillent pas. Demander pardon, c'est sombre. C'est reconnaître sa faute. La faute en question est de retirer des vies humaines, de marquer au fer rouge des générations de sacrifiés.
Cet homme est mort vieux, entouré de sa famille, aimé…
YVES-EMMANUEL BODARD